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AUMONERIE - AumoneVie

Découvrez chaque jour l'histoire de quelqu'un de particulier dans ce chemin vers Noël !

Naïs était très heureuse ce matin-là. C’était le jour où elle descendrait au village, avec ses parents, pour aller admirer à l’église la grande crèche de Noël qui y avait été installée. Elle serait plus grande qu’à l’habitude – puisqu’on abritait le grand concours de santons du canton, et tout le monde en était fier.

Naïs n’avait pas eu d’idée pour trouver suffisamment d’argent pour acheter un santon. Elle avait bien tenté d’en sculpter un elle-même – mais le résultat avait été catastrophique. On aurait dit que sa lavandière – le modèle qu’elle avait choisi – avait été renversée par une charrette, tellement elle était moche et toute tordue. Elle aurait au moins fait rire tout le monde si elle l’avait posée devant la crèche !

Naïs avait fait comme Maria avait dit : elle avait prié la sainte Vierge. Au début, c’était pour gagner le concours, avoir le livre et lire des histoires à ses parents, à la veillée. Et puis, au fil du temps, sa prière était devenue de plus en plus simple – et elle y mêlait aussi des remerciements. Pour ses parents, pour la vie, parce qu’elle avait la chance d’aller à l’école, pour la vieille Maria qui la saluait tous les jours. Elle avait fini par oublier le concours dans ses prières !

Mais ce jour-là, le concours occupait à nouveau toute sa pensée.

La petite famille prit la route d’un pas mesuré – on ne va jamais loin quand on court ! – et arriva bientôt à l’endroit où le chemin passe devant la cahute de la vieille Maria. Celle-ci les attendait, revêtue de sa plus belle robe, d’un beau tablier fraîchement repassé, un panier sous le bras et le bâton à la main.
- Maria ! s’exclama Naïs. Où allez-vous ?
- Comme vous, au village ! dit Maria. Je ne voudrais rater le concours pour rien au monde !
- Oh, dit Naïs, je croyais que vous ne descendiez plus !
- Ah, mais cette année, c’est spécial dit Maria. J’ai hâte de voir ton santon.

Naïs baissa les yeux d’un air triste et avoua :
- Je n’ai pas de santon, Maria, je n’ai pas trouvé les sous et je n’ai pas réussi non plus à en sculpter !
- Je sais bien, dit Maria, c’est pour ça que j’en ai commandé un pour toi !

Naïs et ses parents en restèrent bouche bée. C’était la chose la plus extraordinaire qu’ils aient entendue. Les parents protestèrent que c’était une folie, et Naïs ne savait plus que dire, partagée entre la surprise et l’émotion.
- Allons, allons, dit Maria avec autorité. N’allez pas croire que je vais mourir de faim pour payer un santon ! Je suis aussi pauvre que vous, mes amis !
- Alors comment ? Demanda Naïs.
- Disons, dit Maria d’un air mystérieux, que je connais un vieil artisan qui me devait un service. Le coquin a essayé de se défiler, mais son fils a sauvé l’honneur.
- Son fils ? demandèrent les parents.
- Un bien gentil garçon, dit Maria, il a été touché par ton histoire.
- Quelle histoire ? demanda la maman.

Maria se tourna vers Naïs. Ce n’était pas à la vieille femme de raconter.
- Eh bien, dit Naïs, je voulais gagner le concours et avoir le livre de Monsieur Anselme, qui est le premier prix, et pouvoir vous le lire le soir à la veillée…

Ce ne fut ensuite plus qu’embrassade et larmes d’émotion, et les parents assurèrent à Naïs qu’elle faisait toujours leur bonheur, avec ou sans livre, avec ou sans histoire. Et la petite troupe se mit en route.

En arrivant sur la place du village, ils se rendirent compte qu’il se passait quelque chose. Tout le monde les regardait. On chuchotait même sur leur passage, ce qui était malpoli. Ils ne comprirent pas bien ce qui se passait, mais avancèrent jusqu’à l’église.

On se pressait sur le parvis, mais la rumeur enfla et la petite foule s’écarta pour les laisser passer. Tout surpris, ils avancèrent, de plus en plus intimidés. Ils entrèrent dans l’église, toute parée de lumière et de branchages, de bougies et de fleurs séchées, comme revêtue d’un habit de fête pour la Noël. Dans le chœur, près de la crèche, tous les notables étaient là : Monsieur Anselme, l’instituteur, sa femme et leurs enfants, les dames du patronage, le curé, et même le maire et son épouse. Ils parlaient à voix basse mais avec passion près de la grande crèche, avec ses maisons à toits plats, ses fausses collines, ses arbres minuscules – et ses santons.

La sainte famille n’y était pas encore installée, mais au premier rang, alignés comme à la parade, il y avait les santons qui participaient au concours.

Un jeune garçon était au centre de l’attention, et semblait aussi gêné qu’il est possible de l’être. Son père se tenait derrière lui et ne semblait pas trop comprendre ce qui arrivait, un peu vexé peut-être. Monsieur Anselme – le poète, avec son air si doux et sa belle moustache, sembla reconnaître la petite famille et les héla :
- Ah ! venez ici, venez ici !

Ils approchèrent et aperçurent, au milieu des santons, comme la représentation en plus petit de Naïs elle-même.

Les santons étaient tous très beaux – droits, fiers, bien habillés – mais celui de Naïs avait quelque chose en plus. Pourtant, la petite figurine était simple et joliment vêtue, comme l’était Naïs en vrai. Mais c’était comme si elle avait pris vie, et elle illuminait toute la crèche par sa présence et ses couleurs vives inhabituelles.

- Et voilà le modèle ! dit Monsieur Anselme.
- Et la gagnante, dit Monsieur le maire d’une voix qui parut un peu pincée.
- Tu vois dit Maria à l’oreille de Naïs, quand on prie avec cœur on est exaucée.
- Et quand on travaille avec cœur, dit Monsieur Anselme en désignant Fernand, on ne peut que se surpasser !

Naïs s’approcha de la crèche avec ravissement. Puis elle fit une chose incroyable – elle alla déposer un bisou très bref sur la joue de Fernand, qui crut mourir tellement il se mit à rougir. Ensuite, elle reçut des mains de Monsieur Anselme le beau livre d’histoires et de poèmes qui constituait le premier prix. Elle fit juste remarquer que ce n’était pas juste que l’artisan n’ait rien, ce à quoi Maria répondit :

- Ne t’inquiète pas, tu lui liras des histoires à lui aussi, quand il viendra au village avec son papa!
- Oh, dit Gaspard, je ne sais pas si…
- Allons, dit Maria, le temps a passé, tu ne crois pas ? Tu ne peux pas rester éternellement loin du village de ton enfance…
- C’est vrai, dit Gaspard, ce lieu me manque… si on veut encore de moi…
- Bien sûr qu’on veut de toi ! dit le curé. C’est Noël ! Tout le monde est le bienvenu.

Cette année-là, Naïs gagna plus qu’un livre – et un concours. Elle se fit de nouveau amis, et devint une conteuse d’histoires très appréciée. Elle se mit même à en écrire… mais ceci est une autre histoire !

Fin.

Une proposition d'activité et de prière

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